Les personnes qui accompagnent les victimes d'abus ont elles aussi besoin d'espaces où elles peuvent être écoutées, soutenues et prises en charge. C'est ce qu'a souligné le père Julio Ramírez, directeur de la commission de soutien du diocèse de Chiclayo, lors de la discussion intitulée « La prise en charge assurée par des équipes d'écoute pluridisciplinaires ».
La réunion, qui s'est tenue ce mercredi 19 août, est née d'une initiative de la région andine visant à favoriser l'échange d'expériences entre les Églises de Colombie, d'Équateur, du Venezuela, du Pérou et de Bolivie.
La discussion a été animée par Diana María Guzmán Romero, coordinatrice du Bureau national pour une culture de la prise en soin de la Conférence épiscopale de Colombie, qui, au début de l'événement, a attiré l'attention sur un aspect souvent négligé : le bien-être des membres de ces équipes. « Ceux d'entre nous qui font partie des équipes œuvrant à la prévention et au traitement des abus au sein de l'Église sont-ils conscients de l'importance de prendre soin de soi ? » a-t-elle demandé.


Écouter, c'est accueillir et accompagner
Le prêtre a décrit la situation de ceux qui s’adressent à ces équipes avec crainte, honte et des doutes quant à savoir si leur vécu sera entendu. À cet égard, il a souligné que le premier défi consiste à « démontrer, par notre présence, que ce que l’autre souhaite nous dire a de l’importance ».
Bien plus qu'une simple instance administrative, ces équipes représentent, selon Ramírez, « le visage tangible de l'Église lorsqu'une personne se présente pour confier ce qui la fait le plus souffrir ». D'où l'importance de leur composition pluridisciplinaire, qui inclut des agents pastoraux ainsi que des professionnels de la psychologie, du droit, du droit canonique et de la communication.
« Prévenir, accueillir et soutenir » constituent, pour Ramírez, les trois piliers de cette mission. La prévention vise à éviter les préjudices ; l’accueil consiste à recevoir autrui sans jugement ni condition ; quant au soutien, il implique de rester présent, car ces processus peuvent durer des mois, voire des années.
Le spécialiste a également souligné que l'évêque ou l'ordinaire du lieu devait être chargé de constituer ces équipes, lesquelles devraient inclure des professionnels possédant l'expérience et la capacité d'écouter « sans juger ».


Le risque de blessure pour l'auditeur
Par ailleurs, elle a mis en lumière un aspect moins connu de ce travail : la souffrance ressentie par ceux qui écoutent. Une exposition prolongée à des récits traumatisants peut entraîner un « traumatisme par procuration » et une « fatigue de compassion », en particulier lorsqu'il n'existe pas d'espace pour assimiler ce qui a été vécu.
« Une personne qui écoute la souffrance d’autrui — si elle ne dispose pas d’un espace pour assimiler ce qu’elle entend — finit par porter un fardeau qui n’est pas le sien, mais dont elle ne parvient plus à se défaire », a-t-il expliqué.
À ce fardeau s’ajoute l’isolement institutionnel. Les membres sont tenus à la confidentialité concernant les dossiers qu’ils traitent, tout en ayant besoin d’espaces sûrs pour assimiler ce qui les touche. Pour Ramírez, cela nécessite un soutien professionnel, psychologique et spirituel.
Prendre soin de l'aidant nécessite des mesures concrètes
Dans une perspective pastorale, Ramírez a associé le soin à la nécessité de faire une pause et de se reposer. En citant Marc 6, 31 — « Venez à l’écart dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » —, il a insisté sur le fait que la supervision clinique devait s’inscrire dans la routine des équipes et ne pas se limiter aux périodes de crise.
La supervision, a expliqué Ramírez, permet aux membres de l’équipe de « traiter ce qu’ils ont entendu » et de faire la distinction entre ce qui relève de la personne qu’ils accompagnent et ce qu’ils portent eux-mêmes. Par ailleurs, il a proposé de renforcer la formation continue sur le prendre-soi-même en main, en s’appuyant sur des outils pratiques pour repérer l’épuisement professionnel, fixer des limites et clore les journées difficiles.


L’accompagnement spirituel, a-t-il ajouté, ne saurait non plus se réduire au fait de « prier davantage ». Il a suggéré que les diocèses proposent un soutien continu ainsi que des retraites. « Non pas simplement pour demander la force de tenir bon, mais pour accueillir Dieu dans cette présence essentielle », a-t-il expliqué.
Pour Ramírez, le souci du bien-être doit également s'inscrire dans les conditions institutionnelles dans lesquelles ces équipes travaillent. Cela implique de limiter le nombre de dossiers, de garantir des espaces adaptés et de reconnaître le temps consacré à cette mission. « L'Église doit bâtir une culture qui prenne aussi soin de ceux qui la soutiennent de l'intérieur », a-t-il déclaré.
Reconnaissance et engagement institutionnel
Selon Ramírez, la consolidation de ces équipes se heurte à des défis liés à leur reconnaissance, à leur formation et à leur fidélisation. Dans certains cas, les effectifs des équipes diminuent avec le temps ; dans d’autres, le caractère bénévole du service et les autres responsabilités des membres rendent difficile le maintien des processus de formation.
La nature discrète du travail de ces équipes ne doit pas se traduire par une absence de soutien institutionnel. Ramírez a appelé les évêques et les responsables pastoraux à soutenir et à reconnaître ceux qui accomplissent cette mission, car, comme il l’a souligné, « une personne submergée ne sera pas en mesure de travailler ni d’aider les autres ».
La réflexion s'est achevée sur une question qui résume l'essence même de la discussion : « Sommes-nous véritablement attachés à une culture du soin ? » Pour Ramírez, le véritable soin consiste à ne pas laisser seuls ceux qui accueillent la souffrance d'autrui, mais à leur offrir reconnaissance, soutien et les conditions nécessaires à la poursuite de leur mission.
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